En France un logement sur dix est «suffisamment adapté» à la canicule
L’insuffisance de volets et de stores est le principal facteur de surchauffe dans les logements, dénonce une alliance d’industriels qui pointe du doigt le retard pris par la France.
Le chantier de l’adaptation des bâtiments aux canicules est colossal. Seul un logement sur dix serait «suffisamment adapté» aux fortes chaleurs, c’est-à-dire qu’il dispose de protections solaires (volets, stores, films solaires…), de murs et d’un toit isolés, de brasseurs d’air et permet de faire des courants d’air, selon une étude de la société de conseil Pouget Consultants et l’Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (Ignes).
En analysant les diagnostics de performance énergétique (DPE) recensés par l’Ademe, leur étude conclut qu’un logement sur deux est classé «insuffisamment adapté» aux canicules et donc considéré comme une bouilloire thermique. «L’insuffisance de protections solaires extérieures est le principal facteur de surchauffe dans les logements», notent les auteurs, soulignant que les logements avec une bonne note au DPE (A ou B) comptent tout de même un tiers de bouilloires thermiques. «Pendant très longtemps, on s’est tellement focalisé sur le chauffage et la rénovation énergétique, qu’on n’a pas du tout pensé la question du confort d’été», confirme Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui fédère les bailleurs sociaux, et ancienne ministre du Logement.
En pleine vague de chaleur, le gouvernement, qui table plutôt sur un tiers de bouilloires thermiques en France, a présenté cette semaine une série de mesures pour accélérer l’adaptation des logements, dont certaines ne sont pas nouvelles. Majorité simple pour le vote de travaux de rénovation d’ampleur en copropriété, éligibilité de l’installation de stores, volets et brasseurs d’air aux prêts collectifs de copropriété, TVA réduite sur les pompes à chaleur réversibles air-air ou encore recensement des logements sociaux sans protection solaire font partie des ajustements annoncés. Mais aucun moyen financier supplémentaire n’est associé, compte tenu des finances publiques contraintes.
«On est parmi les meilleurs élèves d’Europe»
Ces annonces sont «décevantes et pas à la hauteur de l’enjeu», a réagi l’Ignes, qui appelle à rendre plus systématique la prise en compte du confort d’été dans les projets de rénovation de copropriété ou de logements individuels. «Malgré des avancées, l’inconfort d’été reste le parent pauvre des politiques de rénovation», juge le groupement Actibaie, syndicat des entreprises des volets, stores et portes. Une critique «injuste», selon le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, qui estime qu’il «existe déjà plein d’outils», comme des aides MaPrimeRénov’ pour l’installation de volets et brasseurs d’air mais qui ne concernent que les rénovations globales de logements. «On est parmi les meilleurs élèves d’Europe», avec les normes environnementales de construction neuve et les obligations de décence énergétique, défend le ministre.
A contrario, Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement, «a l’impression que l’urgence d’adapter les logements n’est pas du tout prise en compte par ce gouvernement». «On a l’impression qu’on débute sur le sujet, on est presque au niveau zéro tant il n’y a vraiment pas grand-chose», à part les normes de construction, mais «le neuf n’est pas l’enjeu principal», selon lui. Il réclame que MaPrimeRénov’ subventionne l’installation de volets ou de brasseurs d’air sans attendre une rénovation d’ampleur du logement. Et il déplore le manque de communication de l’État pour créer une prise de conscience chez les Français et les inciter à prévoir des améliorations de leur confort d’été avant qu’une vague de chaleur ne survienne.
Le gouvernement prévoit de publier de nouvelles «orientations» début juillet pour permettre de «concilier plus efficacement les enjeux de préservation de la qualité architecturale avec ceux de la rénovation du parc bâti».
Source : lefigaro.fr


